Les pages
"Cartes Postales", aux images assez lourdes, mettent quelques
secondes pour s'ouvrir ...
Fin du XIXe
siècle: la tuberculose, que l'on considère comme le plus grand
ennemi auquel l'humanité doit faire face, fait des ravages dans la
population et parmi elle, instituteurs et institutrices paient un lourd
tribut et il n'y a pas encore d'institutions particulières pour prendre
en charge ces malades (entre 1700 et 1900, près d'un milliard de
personnes en moururent) et face aux pouvoirs publics impuissants, la lutte
antituberculeuse est laissée à des initiatives
individuelles ou à des associations charitables. C'est à un botaniste
allemand, le Docteur Hermann BREHMER, que l'on doit
"l'invention" des sanatoriums et l'ouverture du premier
établissement de ce type, en Allemagne.
En mai 1899 un congrès qui se tient à Berlin confirme les bons résultats
cliniques des sanatoriums.
Début du XXe
siècle: un inspecteur d'Académie du Pas de Calais, Alfred LEUNE
(1857 - 1930), frappé
par les ravages causés par la maladie chez les enseignants du premier
degré, a l'idée de créer un sanatorium pour ces instituteurs. Devant l'impossibilité
d'obtenir un financement des pouvoirs publics, il lance une souscription
nationale auprès des Sociétés de Secours Mutuel d'Instituteurs dont il
existe une représentation par département et obtient l'autorisation de
l'État pour une loterie de douze cent mille francs. Le
site de Sainte-Feyre, au pied du Gaudy, trouvé, proposé et négocié par
l'instituteur local de l'époque, est choisi pour sa position centrale
dans l'hexagone, en raison de la proximité de la gare de Guéret, où, à
l'époque convergent cinq lignes de chemin de fer et pour la qualité de
son atmosphère dans une campagne calme reposante et de moyenne altitude.
C'est en juillet 1902 qu'est décidé la construction du sanatorium de
Ste-Feyre.
Les 17 hectares du site sont évalués 52000 francs.
Alfred Leune.
La première pierre
est posé le 15 septembre 1904.
(44Fi
2 Archives départementales de la
Creuse, Guéret,)
1906:
l'inauguration de l'établissement, crée par l'architecte MARNEY et
propriété de l'Union Nationale des Sociétés de Secours Mutuel et des
Associations Amicales d'Instituteurs et d'Institutrices, a lieu le 7
octobre 1906, à l'invitation d'Alfred LEUNE, président du comité mis en
place pour sa construction, en présence du ministre des Affaires Étrangères,
Léon BOURGEOIS et de nombreuses personnalités au rang desquelles se
trouvent messieurs Rançon, président du Conseil Général de la Seine,
Chautard, président du Conseil Municipal de Paris, Buisson, président de
la Ligue de l'Enseignement, Bassinet, sénateur de la Seine qui s'est
investi personnellement dans la réalisation du projet, Gasquet, directeur
de l'Enseignement Primaire, de nombreux inspecteurs de l'Éducation
Nationale, le gratin du monde politique creusois, le préfet
Petit-Dossaris... M.
Léon Bourgeois met un terme à la série de discours et clôt le sien par
un hommage appuyé à M. Alfred Leune:
"Vous
êtes non seulement le chef, mais le père de cette grande famille
enseignante. Et plus tard, en voyant votre nom écrit sur cet
établissement, nous vous remercierons de la grande oeuvre que vous avez
accomplie. Au nom de tous les instituteurs de France, je vous adresse tous
nos remerciements, ainsi qu'à messieurs Bassinet et Marney, auxquels
j'aurais bien voulu apporter ici même un témoignage du gouvernement,
mais, j'espère qu'avant peu ce sera fait. Ma pensée va au maître
d'école français qu'est vraiment monsieur Leune, dont la persévérance
a permis de mener à bien cette oeuvre pour le plus grand bien des
instituteurs et des institutrices de la République. Je bois à l'exemple
pratique donné à l'instituteur dans l'œuvre de solidarité sociale et
d'humanité que nous inaugurons aujourd'hui." *
L'établissement est mixte. Il comprend 102 chambres individuelles, ce qui
est une nouveauté pour l'époque, toutes orientées vers le sud,
réparties sur 3 étages. Il est alors dirigé par un
médecin-directeur, le Docteur Claude BERTHELON (° 25 mars 1877 à
Lozanne - Rhône)
le Dct Claude
Berthelonson
"CV"
A cette époque,
l'établissement possède un laboratoire, une salle de radiographie, des
salles de désinfection, des salles de bains.
Il y a également une
ferme avec 2 bœufs pour labourer, 4 vaches pour fournir du lait, une
porcherie et un poulailler.
En septembre 1913: le Président de la République, Raymond
Poincaré, en visite touristique de 7 jours en Limousin, Quercy et
Périgord, lors de son étape entre Guéret et Aubusson, fait un détour
par le Sanatorium pour le visiter et saluer les malades.
Pendant la "Grande-Guerre", à partir du 1er janvier
1915 et jusqu'à mai 1919, le Sanatorium devient "l'Hôpital
Complémentaire n°38" où seront soignés les soldats "blessés du poumon" et
tuberculeux.
Ste-Feyre va accueillir
3200 patients tuberculeux.
1919: retour à la
vie civile, avec le Docteur Berthelon, démobilisé. Il restera Médecin-directeur
jusqu'en 1940. La nouvelle législation de 1919 qui régit les sanatoriums
supprime la mixité mais, pour Sainte-Feyre, la disposition des bâtiments
permet la séparation des sexes sans problèmes.
1926: la
recrudescence de la tuberculose du fait de la Guerre rend obligatoire un
agrandissement de l'établissement. Il est de nouveau fait appel à la
souscription volontaire ( 1.625.000 francs sont recueillis) et alors, "l'aile-est", en briques
apparentes, est construite. Son inauguration a lieu le 13 novembre 1927.
1928: Dès la création de l'établissement, les
enseignants pensionnaires du sana, estiment comme un droit naturel de
participer à l'organisation de la vie: confort, nourriture, discipline
etc... ceci aboutit à la désignation "d'un délégué des
malades".
Le
17 avril 1930:
L'établissement est baptisé "Sanatorium Alfred Leune" (
A Leune décède le 9 décembre 1930).
A cette époque la législation supprime totalement
toute possibilité de mixité. L'Union de Secours Mutuel achète alors le
Sanarorium de Saint-Jean-d'Aulph en Haute-Savoie (Saint-Jean-d'Aulps
depuis 1961) où seront envoyés et hébergés les femmes, tandis que
Sainte-Feyre deviendra exclusivement masculin. L'établissement de Ste
Feyre sera toujours dirigé par le docteur Berthelon, assisté des
docteurs Delbecq et Garnier, celui de St Jean d'Aulph par le docteur Louis
Giaccardo.
1939: Introduction
de la chirurgie pulmonaire au "sana" de Sainte-Feyre par le
docteur Pierre Dreyfus-le Foyer, élève du professeur Maurer de Paris. Les
malades femmes de St Jean d'Aulph, susceptibles d'être opérées, seront
transférées à Ste-Feyre. Le docteur Dreyfus-le-Foyer, sommité
médicale, chirurgien à l'hôpital Laennec de Paris vient réaliser ses
actes chirurgicaux régulièrement par séances de plusieurs jours. Dans
les années 50, il sera remplacé par le Docteur MERLIER, chirurgien de
l'hôpital Marie-Lannelong de Paris.
Dct Dreyfus-le Foyer.
1940: La
"Deuxième Guerre Mondiale" et la crainte de bombardements
italiens en Savoie font revenir les malades féminins et le personnel
soignant en Creuse (notamment le docteur Louis Giaccardo). L'Italie a
déclaré la guerre à la France le 10 juin 1940. (il est a noter que ces
mêmes italiens sont certainement les auteurs des bombardements de Guéret
et de sa région en juin 1940.)
les Maquis
s'organisent, la résistance est importante en Creuse et le nouveau
Médecin-directeur (1940-1944), le Docteur MARMET, participe activement à
cette dernière. Un "centre clandestin" de soins et de
ravitaillement pour les Résistants creusois est installé au Sana. Le
Docteur Marmet et son équipe vont cacher dans l'établissement des médecins juifs,
hospitaliser des maquisards malades et opérer les blessés.
1944: le Docteur
GARNIER succède au Docteur MARMET en tant que Médecin-directeur. Le
docteur Garnier était arrivé en 1926 à Ste Feyre en qualité d'interne.
A la fin des hostilités,
le sana est en piteux état.
8
décembre 1946: création de
la M.G.E.N. (Mutuelle Générale de l'Éducation Nationale) qui prend en
charge les sanatoriums des enseignants.
1950: Construction
d'un pavillon pour le personnel et aménagement de nouvelles chambres qui
portent la capacité d'hospitalisation à 250 malades.
Plus
tard, ce pavillon du personnel sera baptisé "pavillon Jean Brenaut"
en l'honneur de l'intendant universitaire Jean Brenaut, en poste à Ste
Feyre depuis septembre 1931, qui surveilla son édification.
Dans les années 50,
création d'une radio privé, "radio BK", d'un labo photo.
1953: construction
de la rotonde qui abrite la salle à manger toujours sous la surveillance
de Jean Brenaut (architecte monsieur Astorg DPLG).
4 novembre 1956, décès, alors qu'il est toujours en
fonction, de monsieur l'Intendant Jean Brenaut. Messieurs Montgenot,
Fouteau, Veron feront partis de ses successeurs.
1958: début de la
construction d'une nouvelle "aile-ouest" pour abriter le service
médical, les services médico-techniques, le service chirurgical avec 10
chambres aménagées spécialement, un auditorium, une bibliothèque et
une vaste salle de spectacle. L'ensemble est inauguré en janvier 1964.
27 août 1967: après 40 années d'exercice médical au Sanatorium dont
23 ans de direction, le Docteur Garnier prend sa retraite. (Né en
1900, il décédera à Guéret en 1979)
le
Docteur GARNIER.
Dans les années
60, les progrès en matière de lutte anti-tuberculeuse avec notamment la
survenue de toute une série d'antibiotiques efficaces ont fait reculer la
maladie et ont permis des traitements plus courts et à domicile. Le
"sana" s'est vidé peu à peu de ses "tuberculeux". (
41 % des lits sont vides ) Ce
pose alors le problème de l'avenir de tous les sanatoriums dont celui de
Sainte-Feyre. Le bureau national de la M.G.E.N. est très inquiet pour
leur doyen de Sainte-Feyre: des difficultés financières dans les dernières
années ont amené une négligence certaine dans les travaux d'entretien
et le confort des chambres ne correspond plus aux exigences modernes.
Devant l'importance des dépenses à envisager, un difficile dilemme se
pose aux administrateurs: moderniser ou abandonner et détruire...
1 septembre
1967: nomination
d'un nouveau Médecin-directeur, le Docteur Maurice PETIT (1925 - 2009) à qui est
confié la tâche de tenter de résoudre le problème. Il est épaulé par
l'intendant Monsieur FERMONT. De toute façon, le Sanatorium" a vécu
en tant que tel, il doit être reconverti. Le choix se porte vers les
maladies dites "de civilisation": affections respiratoires et
maladies cardio-vasculaires tout en conservant une activité chirurgicale
thoracique de haut niveau. Le projet est agréé par la M.G.E.N sous la
présidence de Denis FORESTIER puis par le Ministère de la Santé et,
après presque 60 ans de lutte contre le fléau de la Tuberculose, le
"Vieux Sana" devient le 1er juillet 1969 le "Centre Médico Chirurgical
National Alfred Leune". Des travaux d'importance sont entrepris,
y compris la rénovation des immenses façades.
Le
Docteur PETIT
1972: un plan
d'eau d'un hectare et demi avec terrain de camping et de caravaning de
l'autre côté de la route Sainte-Feyre - les Bains agrémente l'environnement.
En 1973,
l'entrée principale est transférée dans le hall central après
l'aménagement d'une nouvelle route d'accès.
L'équipe
médicale s'enrichit avec, outre le médecin-directeur, trois
pneumologues, deux cardiologues et de nombreux internes en médecine
souvent étrangers qui porteront le savoir-faire médical creusois dans
leurs pays d'origine. Les travaux scientifiques se multiplient, assurant
la notoriété de l'établissement autant en France qu'à l'étranger.
Création d'un service de rééducation et de réadaptation. C'est à
cette époque que sont abandonnés les derniers lits réservés
exclusivement à la tuberculose. Le Centre fonctionne à plein régime
mais un problème subsiste pour la M.G.E.N.: la proportion, insuffisante
à son gré de pensionnaires mutualistes. On pense alors à un complément
de reconversion pour y remédier et l'on décide de faire face à un
nouveau problème de santé publique apparu au fil des ans: la vieillesse
invalidée. Un nouvel agrément est accordé pour la création d'un
service de "long-séjour" réservé au seuls ressortissants de
la M.G.E.N. Cette nouvelle reconversion impose d'importants travaux avec,
en premier lieu, la construction d'un nouveau bâtiment ( début des
travaux en avril 1989 ) pour accueillir
les bénéficiaires d'un "Long Séjour" (45 lits). dans ce même
bâtiment sont déplacés tous les services médico-techniques et les
bureaux des médecins. L'établissement qui a pris le nom de "Centre
Médico National Alfred Leune", présente l'originalité de
présenter tous les niveaux d'hospitalisation: court, moyen et long
séjour. L'inauguration de la dernière construction a lieu le 28 novembre
1990 par le président de la M.G.E.N Pierre Chevalier.
31 décembre
1990:
départ à la retraite du Docteur PETIT. Un changement important va suivre
son départ: la M.G.E.N voulant aligner la situation de ses
établissements médicaux, qui participent d'ailleurs au Service Public
Hospitalier (S.P.H.), sur les établissements publics français
d'hospitalisation, confie la direction à des administratifs non
médecins. Le Docteur Petit fût le dernier médecin-directeur de
l'établissement, il est remplacé par Jacques VEISSE.
A Jacques VEISSE
revient la charge de moderniser à nouveau l'ensemble de la partie
hôtelière du Centre ainsi que les chambres qui atteignent un confort
digne d'un grand hôtel. Sur le plan médical, après l'abandon de la
chirurgie est créé un service modèle de lutte contre le tabagisme.
René SOULIE
succède à Jacques VEISSE appelé à d'autres responsabilités. Il ne
restera que quelques années.
Jean-Maurice
DUBOIS devra affronter les difficiles questions de collaboration médicale
avec le Centre Hospitalier de Guéret.
Le dernier
directeur de l'établissement, à ce jour, est Patrick COLO arrivé en 2005.
Actuellement l'établissement, qui emploi 310 personnes, dispose
d'un service de pneumologie avec 34 lits de courts séjours et 58 lits de
suite et de réadaptation.
d'un service de cardiologie de 73 lits.
d'un service de sevrage tabagique.
d'un plateau médico-technique.
d'un EHPAD de 45 lits.
d'un service de balnéothérapie.
d'après (+) monsieur le Docteur Maurice PETIT.(2005), de monsieur le
Docteur Max BRENAUT.
* extrait de "le Tambour de la Creuse" d'André
Mavigner aux éditions "Lucien Souny".
Dans
un nouveau bâtiment, un plateau technique de balnéothérapie est mis en
service en octobre 2009 et inauguré le 4 février
2010. Il sert à la rééducation cardiaque et à la
réhabilitation respiratoire.